Le renouveau ou la faillite: la France doit choisir

Le renouveau ou la faillite: la France doit choisir

  • Arnaud Malfoy
  • Tuesday, May 21, 2013


Paris Eiffel tower



La politique économique (ou son absence) en France a toujours fait l’objet de débats ô combien passionnés qui font perdre de vue malheureusement les progrès réalisés par nos voisins depuis une trentaine d’années. Tout le monde conviendra que l’économie française est en grande difficulté. Les fermetures d’usines déchainent évidemment les passions, une foule de ministres sont “scandalisés” et, dotés de leur super pouvoirs, croient pouvoir empêcher ces licenciements à tout prix. Il serait peut-être temps qu’ils s’attaquent non pas aux conséquences mais aux causes de cette débandade économique.

Tout d’abord, rappelons que le capitalisme est constamment en mouvement, et qu’il n’est pas anormal que des entreprises fassent faillite, cela est même nécessaire, dans la mesure où les entreprises non compétitives sont remplacées par d’autres plus performantes comme l’explique Schumpeter avec son concept de destruction créatrice. Il est également totalement anormal que l’Etat intervienne pour favoriser certains acteurs économiques, cela encourage la création de monopoles ou d’oligopoles très dommageables au niveau du prix ou de la qualité de service rendu pour le consommateur.

Il est facile de voir par exemple que l’introduction d’un nouvel acteur dans la téléphonie mobile a permis en quelque mois de réduire drastiquement la facture téléphonique en France. On oublie trop souvent qu’une saine concurrence est la meilleure façon de garantir et d’améliorer le pouvoir d’achat. Cela permet également un grand dynamisme économique qui pousse à la création d’emplois et de nouveaux champions nationaux. N’est-il pas curieux qu’il n’y ait pas eu une seule nouvelle entreprise intégrant le CAC 40 pendant les 30 dernières années… Où sont les Google, Facebook ou Amazon en France ? Nous sommes dans une économie de rente qui n’est pas du tout adaptée à la mondialisation.

D’où viennent les raisons d’un tel marasme et quelles sont les solutions qui pourraient être apportées ? Tout d’abord, un chiffre essentiel : 56%, c’est la part astronomique du secteur public dans le PIB, seul le Danemark nous dépasse, presque un record du monde ! Ceci ne serait pas si grave si l’on pouvait se prévaloir d’une administration efficace, d’un secteur publique en pointe dans la recherche, l’enseignement supérieur ou investissant avec succès dans les secteurs d’avenir comme les énergies renouvelables, les réseaux de communications ou les biotechnologies. Las, il n’en est rien, dans tous les classements internationaux, nous n’avons fait que régresser dramatiquement au fil des ans, les gouvernements successifs ont voulu occuper l’espace médiatique avec des centaines de pseudo reformes extrêmement complexes qui souvent étaient déjà modifiées ou abandonnées avant même qu’elles soient mises en place ou évaluées.

Prenons le cas de l’éducation (primaire, secondaire et supérieur), son budget représente un tiers des recettes fiscales de notre pays et pourtant nous pointons à la 22ème place dans le dernier classement PISA, loin derrière la Finlande ou la Corée du Sud, alors que ces derniers dépensent moins par élève. Pire encore, une étude de la Cour des comptes souligne que 40% des élèves sortant du primaire ne maitrise pas la lecture, l’écriture ou le calcul.

Que s’est-il passé ? Au lieu d’augmenter le niveau général des élèves nous avons réduit dramatiquement le niveau de nos diplômes (afin de faire en sorte que tout le monde puisse obtenir par exemple le baccalauréat), fait des expérimentations bien malheureuses (mathématiques modernes, méthode globale pour l’apprentissage de la lecture…), réduit les programmes à la portion congrue ou encore dévalorisé continuellement le prestige et l’autorité des enseignants au profit des élèves et parents. Cette baisse de niveau entraine mécaniquement un taux d’échec extrêmement élevé à l’université, et ceux qui réussissent malgré tout à obtenir un diplôme sont malheureusement bien souvent en grande difficulté pour trouver un emploi à la sortie, du fait d’un écart criant entre les enseignements et les qualifications demandées par les entreprises ainsi que de la réputation bien dégradée de nos universités (à part la Sorbonne ou Dauphine) par rapport aux grandes écoles. Là encore, l’Etat n’a pas joué son rôle et maintient le monde éducatif en vase clos sans entretenir de liens avec le monde de l’entreprise. Enfin, nos professeurs travaillent peu d’heures par semaines (15 heures en moyennes contre 43 heures en Allemagne) ce qui explique que l’enseignement secondaire soit 62% (!) plus onéreux en France comparé à l’Allemagne pour des résultats similaires.

Evidemment certaines parties de notre système conservent de très grandes qualités, comme nos grandes écoles, qui sont enviés dans le monde entier, cependant cela ne concerne pas la majorité des diplômés. Pour reconquérir notre place dans le haut du classement, il s’agirait tout d’abord de remobiliser les professeurs, qu’ils retrouvent une rémunération à la hauteur de ce métier pour ainsi attirer les meilleurs mais qu’en contrepartie, ils s’investissent plus, fassent plus d’heures ce qui permettra une plus grande efficacité et de faire des économies. Il faut également revoir de fond en comble la pédagogie dans les IUFM, renforcer la discipline, responsabiliser les élèves, donner beaucoup plus de liberté aux établissements scolaires pour développer des méthodes d’enseignements plus efficaces (lecture, langues étrangères…) et introduire un système de benchmarking qui permettra d’étendre des innovations performantes locales au niveau national. Enfin, le monde éducatif doit s’ouvrir sur son environnement extérieur, multiplier les partenariats avec les entreprises, développer l’apprentissage et introduire plus de flexibilité dans son fonctionnement.

Ensuite, notre système administratif faussement décentralisé cumule les défauts en empilant une myriade de strates avec les communes (36 000 comparé à … 14 000 en Allemagne avec 20 millions d’habitants supplémentaires !), les communautés de commune, les cantons, les pays, les départements, les régions et l’Etat ! Vous comptez bien, il y a 7 structures dans le millefeuille administratifs (à comparer aux 3 niveaux des Etats Unis par exemple). Ceci conduit évidemment à un croisement des compétences, et des doublons ainsi qu’un manque d’efficacité patent au niveau du service rendu. La comparaison est sans appel par rapport à l’Allemagne, la France en effet emploie 60% de fonctionnaires en plus. Il serait logique de fusionner de très nombreuses communes, supprimer les cantons, pays et départements et de regrouper les régions en six super « Länder » aux pouvoirs étendus en matières de développement économiques. Ceci procurerait de très grandes économies et multiplierait l’efficacité des services rendus.

Par ailleurs, la France est également en retard pour l’automatisation de sa gestion et des taches administratifs sur internet, les pays Scandinaves, Baltes ou certains pays asiatiques comme Singapour ont depuis des années simplifiés grandement les services rendus aux particuliers en simplifiant et en intégrant l’ensemble des procédures sur internet. Il suffit de 30 secondes pour payer ses impôts à Singapour par Internet par exemple. En outre, dans les pays Scandinaves, l’ensemble des dépenses des élus et de l’Etat sont disponibles de manière claire sur internet ce qui accroit considérablement la transparence de l’Etat et le contrôle de la population sur ses élus. Dans le classement de Transparency International qui mesure la perception de la corruption dans l’administration publique et le monde politique, la France se classe à la 25éme place, alors que Singapour et la Finlande caracolent en tête de classement. Là encore, la France perd des points en termes d’attractivité économique et renforce dans la population un sentiment de corruption des élites qui fait le jeu des extrêmes.

Continuons notre revue des handicaps francais avec notre droit fiscal et social, non seulement extrêmement complexe mais qui évolue en plus constamment ce qui représente un véritable cauchemar pour les entreprises qui doivent pouvoir se baser sur un environnement juridique stable afin de pouvoir investir dans de bonnes conditions. Par exemple, le droit du travail comporte un record de 3200 pages, et dont la conséquence est un marché du travail extrêmement rigide et un taux de chômage de 10% (fortement sous évalués du fait des temps partiels subis non comptabilisés). En effet, les employeurs ont peur d’embaucher sachant que si l’économie ralentit, ils seront dans l’impossibilité de licencier. En parallèle, les salariés sont divisés en deux catégories, d’une part les insiders qui bénéficient d’un contrat permanent, de nombreux avantages et une quasi sécurité de l’emploi, et les outsiders qui enchainent les contrats précaires sans espoir d’obtenir ce fameux CDI.

Il s’agirait donc de simplifier le code du travail, avoir un seul contrat de travail (plutôt que les 38 existants), flexibiliser le travail, réduire le salaire minimum trop élevé (qui réduit l’emploi pour les jeunes et écrase l’échelle des salaires), et faciliter les licenciements économiques. Trop souvent en France, lorsqu’une entreprise est en difficulté, il est souvent trop tard, car les mesures de réductions de personnel sont trop longues et coûteuses (avec en plus le souci de grèves paralysantes voir de séquestration de la direction) ce qui au final pousse l’entreprise à la faillite alors qu’elle aurait pu survivre en réduisant les dépenses de personnel dès les premières difficultés rencontrées.

Mais c’est en matière fiscale que nous nageons dans un univers totalement ubuesque, 20% des articles du code fiscal sont modifiés chaque année ! Tant et si bien que même l’administration admet que le code fiscal est devenu inintelligible. La complexité et l’instabilité fiscale et juridique ont un coût non négligeable pour les entreprises puisqu’il représente 3% à 4% du PIB. C’est autant d’investissements qui ne seront pas réalisés. Mais à la complexité s’ajoute le poids de la taxation. Notre droit fiscal comporte de nombreux écueils comme des assiettes trop restreintes (plus de 50% de la population ne paie pas l’IR par exemple), de trop nombreuses niches fiscales (qui coûte 65 milliards d’euros par an) et des impôts trop focalisés sur le travail et pas assez sur la consommation. Ceci alors que toutes les études ont par ailleurs démontré qu’il était plus efficace pour l’économie de réduire les dépenses que d’augmenter la pression fiscale. Faisons clair et efficace, ne pourrions-nous pas simplifier notre fiscalité avec seulement 3 taux de 10%, 20% et 30% pour l’IR, l’IS, et la TVA (la variation de cette dernière se ferait en fonction de l’impact écologique des produits) avec l’assiette la plus large possible, sans aucune niche fiscale et supprimer tout autre formes de taxation. Cela permettrait une augmentation du taux de marge des entreprises, et donc à terme de leur investissements avec des créations d’emplois à la clé.

Quant à notre système de protection sociale qui est plébiscité à raison par une majorité de français, il n’a guère évolué depuis sa mise en place, et est devenu hors de prix. Comment se fait-il que l’Allemagne qui possède un système d’assurance maladie similaire ait un budget excédentaire pour des performances similaires alors que notre déficit de la branche maladie sera encore de 15 milliards d’euros cette année ! Le système d’assurance maladie a en effet fait sa mue en Allemagne, l’encadrement y est plus strict, l’usage des générique généralisé, les remboursements basées sur ces derniers, des hôpitaux publiques qui ont amélioré leur performance en se basant sur les cliniques privées… De même, au niveau de la retraite, il est tout de même incroyable qu’avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, l’âge de départ à la retraite soit encore situés à 60 ans dans le secteur privé et même moins dans le secteur public, alors que dans le même temps il est de 67 ans en Allemagne ! Par ailleurs, nos allocations chômage sont bien trop généreuses et ne devrait être qu’un palliatif limité à un an (contre jusqu’à 3 ans aujourd’hui) et inférieur au salaire minimum, cela renforcerait la motivation des chômeurs pour retrouver un emploi rapidement et réduirait le coût pour la collectivité (la différence au niveau des charges sociales est par exemple de 2 points de PIB avec l’Allemagne).

Enfin, l’Etat non content d’imposer une pression fiscale presque confiscatoire trouve le moyen de n’avoir jamais équilibré son budget depuis 1974 et d’avoir vu sa dette passer de 20% à 90% ce qui aujourd’hui le met en danger de banqueroute alors que les intérêts de la dette seuls représentent d’ores et déjà la totalité des recettes de l’impôt sur le revenu ! Ceci inquiète au plus haut point les investisseurs nationaux et internationaux, notamment après la perte de la note AAA par S&P et réduit encore leur visibilité et donc leur propension à investir. Il suffirait que les marchés financiers perdent confiance dans la capacité de la France à rembourser sa dette pour que les taux d’intérêt augmentent sensiblement. Ce fort besoin en financement de la part de l’Etat mais également des collectivités territoriales (encore renforcé par la faillite de Dexia) entraine une raréfaction des crédits à destination du secteur privé qui réduit d’autant leurs investissements et la création d’emploi.

Au niveau du développement économique, l’Etat français est probablement un anti modèle (on se souvient de la vague de nationalisations au début des années 80, de Renault, de la quasi faillite d’Air France ou encore des péripéties bien couteuses pour les contribuables du Crédit Lyonnais). Par ailleurs, nos entreprises sont en règle générale spécialisées dans le moyen de gamme, qui est sévèrement concurrencé par les pays émergents. Cette situation n’est pas inéluctable et d’autres pays l’ont brillamment prouvé. Prenons l’exemple de pays comme la Corée du Sud (un des pays les plus pauvres au monde dans les années 60 et aujourd’hui ayant un PIB par habitant tout juste inferieur a la France) et Singapour (dont le PIB par habitant est presque égal à 2 fois celui de la France). Ces pays combinent une économie de marché libérale avec une planification économique par l’Etat en partenariat avec les entreprises. L’Etat dresse une stratégie pour l’avenir en misant sur les futurs secteurs porteurs, en effectuant une remontée des filières de production, un remplacement progressif des importations et une montée en gamme. L’Etat investit également de façon importante dans la recherche scientifique afin de renforcer la capacité des entreprises à innover. Il y a une vraie cohérence de stratégie entre l’Etat et les entreprises. C’est ainsi que la Corée du Sud a investi massivement dans l’industrie lourde dans les années 70 (et est aujourd’hui leader par exemple dans la fabrication de navires) ou dans les technologies de l’information dans les années 90 avec des champions nationaux comme Samsung. Singapour s’est lui également lancé avec succès dans l’électronique, la chimie, dans le domaine financier (notamment en gestion de fortune) ou les bio technologies, et tire profit d’être le premier port au monde en terme de volume ainsi que d’une main d’œuvre très bien formée. Il est intéressant de noter que l’un des rares secteurs en expansion en France est celui du luxe, secteur où le prix est secondaire et où l’image du produit conditionne le reste. Par ailleurs, il est également étrange de constater que nous n’ayons pas créer un véritable secteur moteur dans les énergies renouvelables, mis en place une politique ambitieuse de rénovation des logements par l’intermédiaire de nouvelles normes plus drastiques, ce qui aurait permis de créer des centaines de milliers d’emplois, réduire notre consommation d’énergie (et donc notre dépendance aux importations d’énergie) et progressivement obtenir un avantage compétitif dans ce secteur (à l’instar des pays scandinaves ou de l’Allemagne).

La France est donc aujourd’hui à la croisée des chemins, soit elle refuse la mondialisation, se renferme sur elle-même ou fait le minimum d’ajustements pour tout juste garder la tête hors de l’eau et le déclin voir la faillite est assuré. Soit elle renait, se réforme radicalement, tire parti de la mondialisation, et de ses qualités indéniables (son infrastructure, ses ingénieurs et scientifiques de haut niveau, une géographie au cœur de l’Europe et de grandes entreprises mondialement connues) et devient un vrai moteur économique en Europe.

Article publié à l’origine dans le journal la Tribune: lien